Réforme CNRS et bioinformatique...
Par Evelyne Duvernois le lundi 26 mai 2008, 13:24 - Avenir professionnel et Bioinformatique - Lien permanent
Bonjour bonjour à tous...
Au menu aujourd'hui, non pas un coup de gueule (bien que l'envie ne me manque pas...) mais une petite réflexion sur mon avenir, soyons un peu "Evycentriste" pour aujourd'hui, dans le monde de la recherche française. Avec les réformes annoncées par Mme la Ministre de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur, V. Pécresse, que vais-je devenir et à quelle sauce moi et mes collègues bioinformaticiens allons-nous être manger ?
Depuis quelques temps déjà, les "coups de gueule" pullulent sur des sites internet, listes de diffusion et autres blogs sur une réforme qui nous met tous (les scientifiques de la Recherche française) plus ou moins en péril. Bref, c'est mon tour !
Pour ceux qui n'auraient pas suivi, Mme la Ministre V. Pécresse veut réformer le monde de la recherche française, plus particulièrement le CNRS, le but étant de redispatcher les rôles pour tous les organismes de tutelle, de "décloisonner" le CNRS.
Ne connaissant pas tous les tenants et aboutissants de ce problème, je ne me permettrai pas de juger de la nécessité ou non de cette réforme. Je laisse ceci à mes collègues... Toutefois, il m'apparaît comme nécessaire de souligner que malgré des restrictions de budgets, le CNRS et les chercheurs y travaillant sont considérés à travers le monde comme faisant parti de l'élite de la Recherche mondiale... Il est aussi vrai que tout le monde prend peur au mot "réforme" mais qu'une réforme n'est pas forcément mauvaise... Donc à voir !
Ceci étant, et malgré un accord sur le fait de discuter de cette réforme le 19 juin 2008, Mme la Ministre a annoncé dès le 20 mai dans le Monde, sa conception de la réforme. Le but est ici de créer des instituts nationaux s'occupant chacun des :
- mathématiques
- physique
- chimie
- sciences de l'ingénieur
- sciences humaines et sociales
- écologie et biodiversité
ajoutés aux instituts déjà existant de la :
- physique nucléaire
- sciences de l'Univers
Pour parler un peu plus du problème qui me fait écrire ces lignes : Où sont la biologie et les sciences de l'information ? disciplines étant au cœur de mon travail actuel... Mme la Ministre a, d'après ce que j'ai compris, décidé (et je dis décidé plutôt que proposé) de faire gérer les sciences de la vie par un autre organisme, l'INSERM, ou Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, et les sciences de l'information par l'INRIA,ou Institut National de Recherche en Informatique et Automatique.
Mais la Bioinformatique dans tout ça, et je pense ici à la Bioinformatique au sens large, Génomique incluse ? Ou encore la Biologie des Systèmes, la Biologie Structurale ? On fait parti de quoi ? De l'INSERM ? Mais nos travaux ne sont pas axés sur le médical... De l'INRIA ? Mais nous utilisons l'informatique, nous ne faisons pas de la recherche en informatique...
Notre travail est par définition pluridisciplinaire et c'est cette pluridisciplinarité qui fait sa force. Dorénavant, je ne comprends plus très bien où sera ma place dans quelques mois... A l'INRIA ou à l'INSERM ? Dois-je déjà penser à passer dans le privé ? J'y serais sans doute mieux payé (ok, au CEA, je ne me plains pas !!
) mais est-ce que j'aurais dans le privé cette possibilité incroyable de côtoyer autant de chercheurs provenant tous de milieux différents mais travaillant tous ensemble pour un même but ?




Commentaires
Bon billet !
On sent une forte implication dans ton domaine, ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Comme je te disais (dans la voiture), j'ai de plus en plus l'impression que les ministres veulent marquer les esprits en faisant LEUR réforme ... même si celle-ci n'est pas appréciée par les principaux intéressés, le but est juste de dire "ça y est, j'ai fait ma réforme !"
Démocratie vous avez dit ??? Ou pas....
Oui, Evy, c'est très important ce que tu écris. Il y a déjà si peu de possibilités pluridisciplinaires...tout cela n'est pas très réjouissant.
Sans parler des autres aspects des réformes en cours pour les chercheurs (sur l'aspect financements)... J'espère que tu seras entendue.
Sur le côté financement, je pense que se sera vite réglé... Pas d'institut : pas de financement
Déjà qu'on en a pas beaucoup...
Sujet sensible en effet... Mon voisin chercheur/professeur au CNRS est parti au Canada plusieurs années pour revenir... racines familiales obligent. Un autre se pose actuellement la même question... Dis, tu vas pas partir hein ?
Ben pour le moment, ce n'est pas d'actualité...
Sauf que si je ne trouve pas de poste, ou si je multiplie un peu trop les CDD à mon gouts, je me poserait sans doute la question... On va se laisser quand même un peu de temps et voir ce qui m'arrive dans un an !
Je suis ingénieur, donc cette réforme ne me touche pas de plein fouet comme certains, je peux toujours trouver chaussure à mon pied dans le privé...
C'est plutôt réjouissant de voir des jeunes (car pour moi vous êtes jeunes) avoir autant de maturité et regarder avec sérieux ce que veulent faire nos dites élites politiques (réforme portant un nom, aussitôt démontée par une contre réforme portant un nouveau nom mais dont l'apport est plus néfaste que constructif). Il faudrait avant tout que chaque candidat à un poste politique soit confronté à un groupe de psychiatres qui déterminerait son égo (ou son excès d'égo) et lui donnerait ou lui refuserait le poste afin de conserver un peu de sécurité et de sérieux dans le monde du travail.
J'ai vraiment plaisir à vous lire, et même si je ne peux rien pour la recherche ou votre devenir, je continuerai à suivre vos échanges, ça me parait plus intéressant que lire certains journaux vendus d'avance aux pouvoirs en place.