Le débat du mois : la reconversion dans le monde de la recherche
Par Evelyne Duvernois le mardi 6 janvier 2009, 14:37 - Blog-emploi - Lien permanent
Tout vient à qui sait attendre... C'est bien ce qu'on dit non ?
Et oui, avec un bon mois de retard sur le planning, j'arrive enfin avec mon débat du mois précédent. Ainsi donc, pour ce mois de décembre janvier, nous nous intéressons à la reconversion. La reconversion, c'est une décision difficile à prendre et c'est souvent, comme le dit si bien le dessin sur le billet du modérateur, une remise en question. La reconversion, c'est surtout comment se reconstruire professionnellement dans une toute autre voie que celle emprunter jusque là.
Parlons donc de la reconversion, oui, mais de la reconversion des personnes issues du milieu que je connais le mieux, celui de la recherche. Je ne cherche pas ici à donner des réponses mais plutôt à présenter des exemples et à poser les questions qui ouvriront (ou non) le débat.
Suivez le guide...
La reconversion et la recherche font bon ménage. Il faut comprendre que la carrière d'un chercheur est une remise en question perpétuelle : on change de thématiques, de modèles d'étude, d'équipe, de labo... surtout quand on n'est pas encore titulaire (entendre par là détenteur du sacrosaint CDI).
Ce que j'observe souvent, c'est une forte reconversion des personnes issues du milieu de la recherche. Pourquoi ? Comment ? Voilà quelques questions que je me pose sans pour autant avoir toutes les réponses.
Comment fait-on pour se reconvertir quand on est dans la recherche ?
Là, je dirais "comme tout le monde".
Les bilans de compétences, les études de marché, une véritable réflexion sur son projet professionnel avec une études poussées des tenants et aboutissants, des avantages et inconvénients font partie de tout ce qu'il faut considérer.
Un des avantages que je vois à être issu de la recherche, c'est la formation ou plutôt l'auto-formation. Je pense qu'une personne issue du milieu de la recherche est apte à se former, car son métier est un apprentissage quotidien.
Plus que tout cela, je dirais qu'une reconversion n'est envisageable que si elle tient à cœur, si on en a l'envie, si elle est nécessaire pour quelque raison que ce soit.
Pourquoi tant de reconversion dans le monde de la recherche ?
Sans doute par manque de postes de titulaire, une majorité de scientifiques possédant une thèse finissent professeur, ou fermier bio dans les gorges du Larzac !
Pour une bonne majorité, mes professeurs de biologie, de chimie et même de mathématiques étaient d'anciens chercheurs qui, par manque de temps pour leur vie de famille, par lassitude, et sans doute aussi par goût de l'enseignement, ont finis par changer de voie et se sont tourner vers l'éducation nationale... J'ai même eu un professeur de ressources humaines qui avait une thèse en biologie, avait fait une carrière en informatique avant de se tourner vers le RH en consultant à la fac (oui oui, ça existe).
En outre, faute d'emploi, certains chercheurs se tournent vers des métiers pas si éloignés de la recherche, par exemple faire de la vulgarisation scientifique dans les écoles. Et là, le couperet tombe avec un "mais vous êtes sur-qualifié". C'est à ce moment là que l'on comprend que faire de la science, c'est dans la recherche ou rien ! Et quand il n'y a pas de poste, on va malheureusement voir ailleurs par nécessité...
Est-il facile de se reconvertir quand on est chercheur ?
Et là, la réponse pour moi est non.
En effet, on pourrait croire qu'un bon diplôme (bac+8 quand même) vous ouvre des portes. Et bien je me rends de plus en plus compte que cela en ferme quelques-unes aussi ! Souvent, la réponse obtenue est un "Mais vous ne rentrez même pas dans les cases. Avec votre thèse, je serais obligé de vous payer plus qu'un autre". Dur de s'entendre dire que se serait plus simple si on avait un diplôme inférieur, qu'au final nos études nous pénalisent plus qu'elles ne nous aident...
A l'époque où l'on nous rabâche qu'il est important d'avoir des diplômes, le milieu de la recherche est l'exemple frappant qui montre que trop de diplôme peut être préjudiciable. La reconversion après la recherche, c'est possible mais ce n'est pas simple. Les solutions seraient peut-être de changer totalement de voie ou d'ouvrir son entreprise... A réfléchir !








Commentaires
Billet très bien mené, très bien expliqué.
Pour parler de la "surqualification", le problème se volit partout.
Pour parler d'un cas concrêt dans le monde de l'informatique, il est plus facile de se faire embauché en tant que BAC+2 qu'en tant que BAC+8....
Une de mes collègues a en poche un BAC+8, actuellement une baisse de charge se fait sentir, étant toujours en période d'essai, il s'avère qu'elle ne risque pas de passer ce cap et qu'on risque de la remercier. Alors qu'en ayant un BAC+2, même en rupture de charge, il est possible de faire de l'inter-contrat, même s'il est en période d'essai... normal, ça coûte moins cher de mettre un BAC+2 en interco qu'un BAC+8....
Tout à fait dans le vrai je trouve !
Quand on voit le nombre de thésards qui cumulent les post-doc sans parvenir à obtenir un CDI. (-_-)"
Les entreprises n'aiment pas les sur-diplômés et n'aiment pas non plus les gens avec peu d'expériences ...
Par contre je suis d'accord avec Julien, je crois que ce phénomène touche tout le monde et pas juste la science.
Je suis d'accord avec vous 2... Mon billet n'avait pas pour vocation de dire que seule la science connaît ces problèmes, c'est juste que c'est le milieu que je connais le mieux, donc celui dont je peux parler le mieux
une de mes copines chercheuse voudrait vraiment se reconvertir, dégoûtée qu'elle est de le politique de la recherche actuellement; mais effectivement, elle a du mal pour les raisons que tu avances.
Aucun monde n'est facile;
A la limite quand tu es dans un métier à double compétences ça doit facilité pour certaines reconversion. Enfin je suppose, par exemple un bioinfo peut faire un métier pur info ou pur bio (quoi que pour ce dernier je suis pas sûr que ce soit simple) .... même idée pour les chémoinfo ou autres diplômes double compétences. Non ?
@ pascale :
Effectivement aucun monde n'est facile, et j'avoue que ce n'est pas facile de trouver sa place dans le milieu professionnel. Il est vrai aussi que Science et Politique font bon ménage et que cela est difficile à accepter pour beaucoup
@ Suz :
On pourrait croire que la reconversion quand on a une double compétence est facile. Le problème que je vois pour un bioinformaticien est qu'il a soit une connaissance basale de l'info, soit de la bio. Ainsi, et dans mon cas, me reconvertir dans la bio ne me déplairait pas mais je ne sais pas maniper (licence de bio) et en info, je n'ai pas suffisamment de connaissances solides pour être opérationnelle sans remise à niveau et autre formation...
Bonne analyse, je connais aussi des chercheurs qui ont suivi ces turpitudes...
Très bonne analyse, et le cas des chercheurs est tout à fait transposable dans d'autres secteurs malheureusement. Pour ma part, j'ai entendu des réflexions comme quoi j'étais surqualifiée pour l'emploi auquel je postulais, c'est une question à laquelle je me suis préparée par la suite, mais c'est toujours étrange de devoir "se défendre" par rapport à cela...
C'est tellement vrai tout ça.
J'ai soutenu ma thèse en 1998 en physique des particules et aujourd'hui je travaille dans l'informatique.
A l'époque (et c'est toujours la même chose, d'après moi), sur 100 docteurs de l'année, 10 obtenaient un CDI au CNRS, 10 à l'Université (oui, je mets un "U" majuscule, par respect et par remerciement; c'est l'école du savoir, du savoir apprendre et du savoir se débrouiller) et les 80 autres se démerd.... J'ai fait partie des 80 MAIS j'ai eu de la chance : à l'époque on embauchait des non-diplômés en informatique pour les former, tellement la demande était forte; les annonces étaient explicites : "Titulaire d'une thèse en mathématique, physique, biologie [...] nous vous formerons [...] ".
Et aujourd'hui ! Actuellement en recherche d'emploi , en France on peut "à la rigueur" me proposer un poste de technicien, vu que pas de diplômes (dixit une grande agence d'interim et de recrutement); et mes presque 10 ans d'expériences à des postes d'ingénieur ?
Les entreprises françaises n'ont rien compris!
En Suisse, je passe des entretiens pour des postes à responsabilités ... grâce à ma thèse ! La Suisse considère les docteurs comme des esprits bien faits qui ont fait leurs preuves, capable de s'attaquer à n'importe quel problème et à qui on peut confier des responsabilités.
Alors que la France ne s'étonne pas que ses cerveaux se fassent la malle à l'étranger ! Il paraitrait que l'innovation est source de croissance ...
J'entends monter des plaintes comme quoi la recherche n'intéresse plus les jeunes.
Etonnant ! Non ?
Future is outside France for high-educated people.
Titulaire d'une thèse en chimie et à la recherche d'une reconversion, je confirme... C'est la galère!!!
Faites des études qu'ils disaient!! J'aurais mieux fait d'entreprendre un BEP plutot qu'un doctorat.
Enfin, il parait que c'est un job de passionné, en effet il faut l'être.
Bon courage!